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Pratique

Tirer les cartes pour soi-même : est-ce possible, et comment rester objectif ?

Peut-on se tirer les cartes ? Objectivité, angles morts, rituel simple, journal de tirages, quand demander à quelqu'un d'autre : la méthode pour lire pour soi.

Par Mélibée et Joris ·

Tirer les cartes pour soi-même : est-ce possible, et comment rester objectif ?
Sommaire(7 sections)

Oui, vous pouvez vous tirer les cartes vous-même. L’idée qu’il serait interdit, dangereux ou inutile de lire le tarot pour soi relève du folklore, et l’histoire du tarot la dément. Dans une approche introspective, où le tarot sert de miroir pour réfléchir, lire pour soi est même l’usage le plus naturel : vous posez une question qui vous concerne, vous regardez les cartes, et vous les reliez à ce que vous vivez.

Le vrai défi, c’est l’objectivité. Quand on lit pour soi, on est à la fois la personne qui pose la question et celle qui interprète, et l’on a tendance à voir ce que l’on espère ou ce que l’on redoute. Cet article vous propose des méthodes concrètes pour limiter ces angles morts, un rituel simple et sobre, un modèle de journal de tirages, et quelques repères pour savoir quand il vaut mieux demander à quelqu’un d’autre.

Peut-on vraiment se tirer les cartes ?

La croyance contraire circule sous plusieurs formes : se tirer les cartes porterait malheur, le jeu « mentirait » à son propriétaire, il faudrait que quelqu’un d’autre vous offre votre premier tarot. Ces idées appartiennent au folklore qui entoure le tarot depuis le XIXe siècle. L’histoire du jeu lui-même raconte autre chose : le tarot fut d’abord un jeu de cartes, et une pratique réfléchie de la lecture laisse ces superstitions de côté.

Si l’on considère le tarot comme un miroir, un outil de réflexion, la question se pose autrement. Tenir un journal intime, faire une liste de pour et de contre ou se poser des questions avant une décision paraît naturel à tout le monde. Un tirage pour soi est de la même famille : un moyen structuré de regarder sa situation. Le fait que vous connaissiez le contexte est même un avantage : vous savez de quoi parle la question, ce qui s’est passé, ce que vous ressentez.

Il reste une réserve légitime : lire pour soi demande de l’honnêteté. C’est l’objet des sections suivantes.

Le vrai défi : l’objectivité et les angles morts

Les pièges les plus courants

  • Lire ce que l’on espère. Une carte ambiguë devient forcément positive quand la question nous tient à cœur. L’Amoureux « confirme » la relation souhaitée, alors qu’il peut aussi parler d’hésitation ou d’un choix à faire.
  • Lire ce que l’on redoute. À l’inverse, en période d’angoisse, chaque carte difficile semble confirmer le pire. La Maison Dieu devient une catastrophe, alors qu’elle peut décrire une libération, une remise en cause utile.
  • Ignorer la carte qui dérange. On passe vite dessus, ou on la « compense » en tirant une autre carte.
  • Retirer jusqu’à obtenir la bonne réponse. C’est le piège le plus répandu, et le plus trompeur : le dernier tirage est simplement celui qui vous a arrêté, au moment où la réponse vous a plu.

Cinq méthodes pour lire avec plus de recul

  1. Fixer les positions avant de tirer. Écrivez la question et le rôle de chaque carte avant de mélanger. Le tirage garde ainsi sa structure, quelles que soient vos envies du moment. Notre article sur le tirage en 3 cartes propose plusieurs schémas simples.
  2. Décrire avant d’interpréter. Pour chaque carte, notez d’abord ce que vous voyez : un personnage assis, un regard tourné vers la gauche, une tour frappée. Ces faits restent les mêmes quelle que soit votre humeur, et ils limitent les interprétations trop rapides.
  3. Noter votre attente. Avant de retourner les cartes, écrivez en une phrase ce que vous aimeriez voir. Après la lecture, comparez. Si le tirage ressemble trait pour trait à votre attente, demandez-vous si vous l’avez lu à travers elle.
  4. Lire comme pour un ami. Une fois votre lecture écrite, relisez-la en imaginant qu’elle concerne un ami qui vous aurait posé la même question. Vous verrez souvent plus clairement ce que vous lui conseilleriez.
  5. Laisser reposer. Relisez le tirage le lendemain, ou quelques jours plus tard. L’émotion du moment est retombée, et la lecture change souvent. Une carte qui vous inquiétait la veille prend alors un sens plus nuancé, ou un détail de l’image vous saute enfin aux yeux.

Un rituel simple et sobre

Un rituel est tout simplement une façon de marquer un temps à part, pour offrir au tirage un vrai moment d’attention, loin des notifications. Le vôtre peut tenir en quelques minutes.

  • Choisir un moment calme. Attendez que la dispute retombe et que l’urgence passe. Toutes les heures se valent ; comptent surtout les moments où vous êtes disponible.
  • Préparer l’espace. Une table dégagée, de quoi écrire, le téléphone en silence. Certaines personnes allument une bougie ou posent un tissu ; c’est facultatif, et si cela vous aide à vous concentrer, c’est une bonne raison.
  • Écrire la question. Relisez-la. Vérifiez qu’elle est ouverte, centrée sur vous, et qu’elle porte sur un seul sujet.
  • Respirer, puis mélanger. Quelques respirations lentes avant de mélanger aident à passer de l’agitation à l’attention.
  • Tirer, poser, regarder. Prenez le temps de regarder les cartes avant d’aller chercher leur sens.
  • Conclure. Une phrase de synthèse, et si possible une petite action : un message à envoyer, une information à chercher, une pause à prévoir. Puis rangez le jeu : le tirage est terminé.

Si vous utilisez un tirage en ligne, le même rituel s’applique : la seule différence est que les cartes sont tirées à l’écran.

La carte du jour, un bon entraînement

Pour apprendre à lire pour soi, la carte du jour est un exercice idéal. Le matin, posez une question simple — « À quoi puis-je être attentif aujourd’hui ? » — et tirez une seule carte. Notez-la en une ligne, avec ce qu’elle vous évoque. Vous pouvez aussi la laisser visible sur votre bureau pour y repenser au fil de la journée. Le soir, relisez : qu’est-ce que cette image a éclairé dans votre journée ? Une conversation, une hésitation, un moment de fatigue ?

L’intérêt de l’exercice est double : vous apprenez les cartes une à une, dans des situations réelles, et vous vous habituez à relier une image à votre vie avec légèreté. Au bout de quelques semaines, vous aurez une connaissance personnelle de chaque arcane, bien plus solide qu’une liste de mots-clés apprise par cœur.

Gardez la carte du jour légère. Si une carte difficile sort, comme Le Diable ou l’Arcane sans nom, elle vous invite simplement à regarder une facette précise — un attachement, une fin, quelque chose à trier.

Tenir un journal de tirages

Le journal est l’outil le plus efficace pour lire honnêtement pour soi. Il permet de relire, de comparer, et de voir avec le temps ce que les tirages vous ont réellement apporté. Un modèle simple :

RubriqueCe que vous notez
Date et contexteCe qui se passe en ce moment, en deux ou trois phrases
QuestionLa question exacte, telle que vous l’avez posée
PositionsLa variante choisie (par exemple situation-obstacle-conseil)
AttenteCe que vous espériez voir, en une phrase
CartesLes cartes et leurs positions
DescriptionCe que montrent les images, décrites telles quelles
LectureVotre interprétation, carte par carte puis ensemble
SynthèseUne phrase qui relie le tirage à la question
ActionCe que vous décidez de faire, même modestement
RelectureQuelques jours ou semaines plus tard : qu’en pensez-vous avec du recul ?

Voici à quoi pourrait ressembler une entrée, sur une situation type. Contexte : on vient de proposer à la personne de prendre la responsabilité d’une équipe. Question : « Qu’est-ce qui m’aiderait à décider si j’accepte ce poste ? » Positions : situation, obstacle, conseil. Attente : « j’espère que le tirage me dira d’accepter ». Cartes : L’Empereur, Le Pendu, L’Hermite. Description : un homme assis, de profil, tenant un sceptre ; un homme suspendu par un pied, visage calme ; un vieil homme qui avance avec une lanterne. Synthèse : « La responsabilité m’attire, mais je me sens en suspens : je prends une semaine pour clarifier ce que j’en attends. » Action : demander un entretien pour connaître le périmètre exact du poste. L’écart entre l’attente et la synthèse est ici parlant : le tirage a fait apparaître un besoin de clarté, là où la personne attendait un feu vert.

La rubrique « relecture » est la plus précieuse. Elle vous montre ce que la réflexion vous a permis de comprendre ou de décider, et comment la situation a évolué depuis. Avec le temps, vous repérerez aussi vos propres habitudes : les cartes que vous lisez toujours en positif, celles qui vous inquiètent, les questions qui reviennent.

Quand demander à quelqu’un d’autre

Lire pour soi a ses limites. Il vaut mieux demander un regard extérieur dans plusieurs situations :

  • La question vous touche trop. Une rupture toute récente, un deuil, un conflit violent : dans ces moments, il est presque impossible de lire avec recul. Un proche attentif ou un lecteur expérimenté repérera ce qui vous échappe.
  • Vous tournez en rond. Si vous avez tiré plusieurs fois sur le même sujet et que la synthèse vous échappe encore, c’est un autre regard qu’il vous faut.
  • Vous avez peur des cartes. Si chaque tirage vous angoisse davantage, faites une pause. Le tarot est là pour vous aider à réfléchir et à retrouver de l’apaisement.
  • La situation dépasse le tarot. Pour la santé, le droit, l’argent, ou si vous traversez une détresse psychologique, tournez-vous vers un professionnel : médecin, avocat, conseiller, psychologue. En France, le 3114 répond 24 h/24 en cas de pensées suicidaires ; en cas d’urgence, appelez le 112.

Une éthique envers soi-même

Lire pour soi suppose aussi quelques règles de bienveillance. Servez-vous des cartes pour vous comprendre, avec indulgence : une carte difficile décrit une tension à apprivoiser. Gardez la décision entre vos mains : si vous vous surprenez à tirer avant chaque geste, c’est le signe qu’il faut ralentir. Et respectez les autres dans vos questions : interrogez votre manière de vivre une relation, et laissez à chacun ses pensées et sa vie privée.

Lire pour soi est une pratique simple et utile, à condition d’y mettre un peu de méthode. Vous pouvez commencer dès aujourd’hui avec une seule carte, ou avec trois positions bien choisies : faites un tirage sur Tarot Universel, notez-le dans votre journal, et relisez-le dans une semaine.

Questions fréquentes

Est-il vrai qu'on ne doit pas se tirer les cartes soi-même ?

Non. C'est une croyance répandue, issue du folklore, que l'histoire du tarot dément. On l'entend sous plusieurs formes : cela porterait malheur, ou les cartes « mentiraient » à leur propriétaire. Lorsque le tarot sert d'outil de réflexion, vous pouvez tout à fait l'utiliser pour vous-même, comme pour les autres. La vraie difficulté est ailleurs : quand on lit pour soi, on a tendance à voir ce que l'on espère ou ce que l'on redoute.

Comment être objectif quand on se tire les cartes ?

L'objectivité totale sur sa propre vie reste un idéal, mais quelques habitudes aident beaucoup. Décrivez l'image avant de l'interpréter. Fixez les positions avant de tirer. Écrivez votre lecture, puis relisez-la comme si elle concernait un ami. Notez aussi ce que vous espériez voir avant de retourner les cartes : l'écart entre votre attente et le tirage est souvent instructif.

Faut-il un jeu de cartes à soi pour se tirer les cartes ?

Vous avez le choix : un tirage en ligne repose sur le même principe d'une question, de positions fixées et de cartes tirées au hasard. Un jeu à soi a d'autres avantages : le contact avec les images, le temps du mélange, la possibilité de laisser les cartes posées sur la table pendant que l'on réfléchit. Choisissez ce qui vous aide à vous concentrer.

Combien de tirages peut-on faire pour soi par jour ?

Chacun trouve son rythme ; au-delà d'une question par sujet et par jour, les tirages perdent en valeur. Si vous enchaînez les tirages sur la même préoccupation, c'est souvent le signe que l'anxiété a pris le dessus sur la réflexion. Une carte du jour le matin et, au besoin, un tirage plus complet sur une question précise suffisent largement à la plupart des pratiques.

Quand vaut-il mieux demander à quelqu'un d'autre de lire pour soi ?

Quand la question vous touche trop pour que vous puissiez la regarder avec recul : une rupture récente, un deuil, une décision très lourde. Un regard extérieur, celui d'un proche attentif ou d'un lecteur expérimenté, peut repérer ce qui vous échappe. Et si la situation relève de la santé, du droit, de l'argent ou d'une détresse psychologique, c'est vers un professionnel qu'il faut se tourner.

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