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Tarot de Marseille ou Rider-Waite : les vraies différences quand on lit les cartes

Histoire, images, arcanes mineurs, couleurs, numérotation : ce qui change vraiment entre le Tarot de Marseille et le Rider-Waite-Smith, et comment choisir.

Par Mélibée et Joris ·

Tarot de Marseille ou Rider-Waite : les vraies différences quand on lit les cartes
Sommaire(7 sections)

Le Tarot de Marseille et le Rider-Waite-Smith ont la même structure de 78 cartes — 22 arcanes majeurs et 56 arcanes mineurs répartis en quatre couleurs —, et chacun se lit à sa façon. La différence la plus importante en pratique concerne les arcanes mineurs : dans le Marseille, les cartes numérotées montrent des motifs (cinq coupes, sept épées) et se lisent par le nombre et la couleur ; dans le Rider-Waite-Smith, elles montrent des scènes illustrées qui suggèrent directement un sens.

Les deux jeux diffèrent aussi par leur histoire, certains noms de cartes et la numérotation de La Force et de La Justice. Ce sont deux traditions de même valeur, avec deux manières de regarder. Voici leurs origines, ce qui distingue leurs arcanes majeurs et mineurs, leurs usages, et quelques critères concrets pour choisir celui qui vous convient.

Deux histoires, deux époques

Le Tarot de Marseille désigne un modèle de jeu fabriqué en France, à Marseille mais aussi à Paris, à Lyon et ailleurs, aux XVIIe et XVIIIe siècles. Les jeux de Jean Noblet (vers 1650), de Jean Dodal (début du XVIIIe siècle) ou de Nicolas Conver (1760) en sont des exemples célèbres. Ces cartes étaient gravées sur bois et coloriées au pochoir, d’où leurs aplats de couleurs franches. À l’origine, le tarot est un jeu de cartes, né en Italie du Nord au XVe siècle ; son usage pour la divination et la réflexion personnelle se développe bien plus tard, à partir de la fin du XVIIIe siècle. Nous retraçons ce parcours dans notre article sur l’histoire du Tarot de Marseille.

Le Rider-Waite-Smith a été publié en 1909 à Londres par l’éditeur Rider. Il a été conçu par Arthur Edward Waite et dessiné par l’artiste Pamela Colman Smith, tous deux membres de l’Hermetic Order of the Golden Dawn, une société ésotérique anglaise de la fin du XIXe siècle. Waite a publié l’année suivante un livre d’accompagnement, The Pictorial Key to the Tarot (1910). Ce jeu est devenu le tarot le plus répandu dans le monde anglophone, et la base d’une grande partie des jeux modernes.

Autrement dit : le Marseille est un jeu ancien, fixé par des générations de cartiers, que des lecteurs ont ensuite investi de sens ; le Rider-Waite-Smith est un jeu conçu d’emblée pour la lecture symbolique, avec un projet ésotérique explicite.

Les arcanes majeurs : mêmes figures, autres images

Les 22 arcanes majeurs se correspondent d’un jeu à l’autre, mais leur nom, leur numéro et leurs images varient parfois nettement.

Tarot de MarseilleRider-Waite-Smith
La Force / La JusticeJustice = VIII, Force = XIStrength = VIII, Justice = XI
Le FouLe Mat, placé en dehors de la numérotationThe Fool, numéroté 0
Arcane XIIITraditionnellement anonyme (« l’Arcane sans nom »)Death (La Mort), nommée
ILe BateleurThe Magician (le Magicien)
II et VLa Papesse, Le PapeThe High Priestess, The Hierophant
XVILa Maison DieuThe Tower (la Tour)

Les images aussi racontent des histoires différentes. L’Amoureux du Marseille montre un jeune homme entre deux femmes, sous un Cupidon prêt à tirer sa flèche : la carte parle volontiers de choix, d’hésitation entre deux élans. The Lovers du Rider-Waite-Smith montre un couple nu sous un ange, dans une scène inspirée du jardin d’Éden : l’accent porte davantage sur l’union. De même, la Maison Dieu marseillaise, avec sa tour dont le sommet est frappé et ses deux personnages au sol, a souvent été lue comme une ouverture brutale ; la Tower anglaise, plus sombre, insiste sur l’effondrement.

Ces écarts reflètent deux façons cohérentes de penser les cartes, chacune fidèle à sa propre logique. Ils expliquent aussi pourquoi un même arcane peut porter trois noms selon le jeu et le livre que l’on a entre les mains, ce qui déroute beaucoup de débutants. Un tableau de correspondances comme celui ci-dessus suffit pour passer d’un livre à l’autre en toute sérénité.

Les arcanes mineurs : nombre et couleur, ou scène illustrée ?

C’est la différence qui change le plus la lecture au quotidien.

Dans le Rider-Waite-Smith, chaque carte numérotée est une petite scène. Le Cinq de Coupes montre un personnage en manteau sombre, tête baissée devant trois coupes renversées, tandis que deux coupes restent debout derrière lui : l’image donne le sens — la perte, le regret, et ce qui reste malgré tout. On a souvent relevé que plusieurs de ces scènes s’inspirent du tarot Sola Busca, un jeu italien de la fin du XVe siècle dont les mineurs étaient eux aussi illustrés.

Dans le Tarot de Marseille, le Cinq de Coupes montre cinq coupes disposées autour d’un motif floral, dans un décor entièrement ornemental. On lit le cinq — une étape de déséquilibre, de mouvement, de remise en question — appliqué à la coupe, c’est-à-dire au domaine affectif et émotionnel. Cela demande d’apprendre une logique : la valeur des nombres de l’As au Dix, et le domaine de chaque couleur. Une fois acquise, cette logique s’applique aux 40 cartes numérotées, et elle laisse plus de place au contexte du tirage.

La logique des nombres, en pratique

Pour lire les mineurs du Marseille, beaucoup de lecteurs s’appuient sur une progression de l’As au Dix. Les mots varient selon les auteurs, mais l’idée générale est souvent proche :

NombreIdée souvent associée
Asle germe, le potentiel, ce qui commence
Deuxla rencontre, l’accumulation, l’attente
Troisl’élan, la première expression, la création
Quatrela stabilité, la base, la structure
Cinqune nouvelle perspective, une remise en question
Sixle plaisir, l’harmonie, ce que l’on aime
Septl’action dans le monde, l’engagement
Huitla plénitude, l’équilibre atteint
Neufla crise, le passage, la fin d’un cycle
Dixl’accomplissement, et la transition vers autre chose

On croise ensuite le nombre avec la couleur. Un Quatre de Deniers parlera ainsi d’une stabilité matérielle, d’une base concrète ; un Quatre d’Épées, d’une pensée qui se pose, ou d’une décision qui se fige. Cette grille est un outil de départ, souple, que chaque lecteur affine avec la pratique et avec l’observation des cartes elles-mêmes — la disposition des motifs, la présence éventuelle d’une fleur, d’une branche, d’une épée centrale.

Les deux approches ont leurs avantages. La scène illustrée est immédiate, mais elle oriente fortement la lecture : difficile de lire le Cinq de Coupes anglais autrement que comme une tristesse. La carte à motifs demande un effort, mais elle s’adapte plus librement à la question posée.

Les couleurs et les figures

Les quatre couleurs se correspondent, avec des noms légèrement différents :

Tarot de MarseilleRider-Waite-SmithDomaine souvent associé
BâtonsWandsl’élan, l’énergie, l’action, la création
CoupesCupsles émotions, les liens, l’affectif
ÉpéesSwordsla pensée, la décision, les conflits
DeniersPentaclesle matériel, le corps, l’argent, le concret

Les figures (ou « honneurs ») suivent la même hiérarchie : Valet, Cavalier, Reine et Roi dans le Marseille ; Page, Knight, Queen et King dans le Rider-Waite-Smith. Les associations entre couleurs et domaines de vie, ainsi qu’avec les éléments (feu, eau, air, terre), sont des conventions de lecture développées surtout aux XIXe et XXe siècles ; elles varient d’ailleurs selon les auteurs, notamment pour les Bâtons et les Épées.

Deux façons de lire, de valeur égale

Le Tarot de Marseille invite à lire les relations entre les cartes : vers qui regarde un personnage, ce qu’il tient, ce qui se répète d’une carte à l’autre (une couleur, un geste, une direction). Beaucoup de ses lecteurs lisent toutes les cartes à l’endroit et s’appuient sur ces liens — nous détaillons ce point dans notre article sur les cartes inversées.

Le Rider-Waite-Smith invite davantage à entrer dans chaque scène, comme dans une illustration : que fait ce personnage, que ressent-il, que se passe-t-il autour de lui ? Les cartes inversées y sont couramment utilisées, dans la lignée du livre de Waite.

Dans les faits, les deux traditions se côtoient. Le Tarot de Marseille reste très présent en France, en Italie, en Espagne et en Amérique latine ; le Rider-Waite-Smith domine dans le monde anglophone et dans une grande partie des jeux publiés aujourd’hui. Les deux sont aussi « authentiques » l’une que l’autre : le Marseille apporte la profondeur de son ancienneté, le Rider-Waite-Smith la richesse de ses illustrations, et chacun éclaire une question avec la même justesse entre des mains attentives.

Comment choisir votre tarot

Quelques critères concrets :

  • Vous aimez les images narratives et vous voulez démarrer vite : le Rider-Waite-Smith est plus immédiat pour les arcanes mineurs.
  • Vous aimez observer, comparer, chercher les correspondances : le Tarot de Marseille récompense ce regard.
  • Vous lisez surtout des livres en français : une grande partie de la littérature francophone s’appuie sur le Marseille, alors que les ressources anglophones utilisent majoritairement le Rider-Waite-Smith.
  • Vous voulez travailler avec les seuls arcanes majeurs : les deux conviennent, mais vérifiez la numérotation de La Force et de La Justice dans les livres que vous consultez.

Si vous possédez déjà un jeu, commencez par lui : vous connaissez déjà ses images, et cette familiarité est un excellent point de départ. Un tarot que vous avez envie de regarder vaut mieux qu’un tarot « recommandé » qui reste dans sa boîte. Et si vous hésitez entre plusieurs éditions de Marseille, sachez qu’elles diffèrent surtout par la fidélité aux dessins anciens, la finesse du trait et les couleurs : toutes suivent la même structure, les mêmes noms et la même numérotation.

Un conseil, surtout : associez chaque jeu à ses propres définitions. Si vous avez un Marseille entre les mains, apprenez ses mineurs par le nombre et la couleur ; si vous avez un Rider-Waite-Smith, partez des scènes.

Sur Tarot Universel, nous utilisons le Tarot de Marseille : nos fiches et nos interprétations suivent sa numérotation, ses noms et ses couleurs. L’essentiel, quel que soit le jeu, reste la question que vous posez et la manière dont vous laissez les cartes vous aider à y réfléchir. Pour essayer, faites un tirage ou parcourez les combinaisons d’arcanes majeurs.

Questions fréquentes

Quel tarot choisir pour débuter ?

Les deux conviennent. Le Rider-Waite-Smith aide au début grâce à ses arcanes mineurs illustrés de scènes : l'image suggère directement un sens. Le Tarot de Marseille demande d'apprendre la logique des mineurs, fondée sur le nombre et la couleur, mais il habitue très tôt à observer les images et les liens entre les cartes. Choisissez celui dont les images vous donnent envie de les regarder longtemps.

Pourquoi La Force et La Justice n'ont-elles pas le même numéro ?

Dans le Tarot de Marseille, La Justice porte le numéro VIII et La Force le numéro XI. Dans le Rider-Waite-Smith, publié en 1909, Arthur Edward Waite a échangé ces deux cartes : La Force y devient la VIII et La Justice la XI. Ce changement est lié aux correspondances symboliques du courant ésotérique anglais auquel il appartenait. Il faut en tenir compte quand on passe d'un livre à l'autre.

Peut-on utiliser les significations du Rider-Waite avec un Tarot de Marseille ?

Pour les arcanes majeurs, les grandes idées sont souvent proches, même si les images diffèrent. Pour les arcanes mineurs, l'écart est net : les sens du Rider-Waite sont attachés aux scènes dessinées par Pamela Colman Smith, alors que les mineurs du Tarot de Marseille montrent des motifs, comme cinq coupes ou sept épées. Pour ces cartes, la lecture par le nombre et la couleur donne des interprétations bien plus justes.

Un tarot est-il plus « authentique » ou plus puissant que l'autre ?

Non. Les deux se valent. Le Tarot de Marseille est plus ancien et le Rider-Waite-Smith plus récent ; la valeur d'un tirage vient de la façon dont on le lit, quel que soit l'âge du jeu. Les deux sont des outils, nés dans des contextes différents, avec des logiques de lecture différentes. Ce qui compte est que vous connaissiez bien le jeu que vous utilisez et que vous restiez cohérent dans votre façon de le lire.

Quel tarot utilise Tarot Universel ?

Le Tarot de Marseille, avec ses 22 arcanes majeurs et, selon le tirage choisi, ses 56 arcanes mineurs. Les noms des cartes, leur numérotation (La Justice en VIII, La Force en XI, Le Mat placé en dehors de la numérotation) et les quatre couleurs suivent cette tradition, sur les fiches de cartes comme dans les interprétations des tirages.

Sources et lectures

  • Jeux historiques du type de Marseille : Jean Noblet (Paris, vers 1650), Jean Dodal (Lyon, début du XVIIIe siècle), Nicolas Conver (Marseille, 1760)
  • Arthur Edward Waite, The Pictorial Key to the Tarot (Londres, Rider, 1910)
  • Michael Dummett, The Game of Tarot (Londres, Duckworth, 1980)

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